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lundi 16 février 2015

Un bref instant de mémoire vive

By Kamel Daoud in le Quotidien d'Oran

Dans le langage pensé, on appelle cela l'Algérie plurielle : l'Algérie arabe, l'Algérie amazighe, l'Algérie juive, l'Algérie chrétienne, l'Algérie ottomane, l'Algérie espagnole…etc. L'une mange presque toutes les autres, les nie, les appauvrit, les exclut, les refuse. L'Algérie amazighe essaye de survivre. Parfois on lui tire dessus, parfois c'est la prison, le chant, la rébellion, la tentation d'autonomie, la dignité. Douloureuse, arrachée à la terre vers la montagne, méprisée, repoussée mais résistante. L'Algérie espagnole est en ruine. Des murs, des frontons, quelques forts et presque rien dans les manuels scolaires. L'Algérie ottomane est curieusement vécue : revendiquée par les descendants des Koulouglis comme une racine, elle est incolore dans la mémoire : on en a hérité le mode de gouvernance, la régence, la façon de désigner le Dey du moment et les présidents, la pensée janissaire, les modes de milices et le mépris Cité/Tribu. L'Algérie chrétienne est encerclée, à peine tolérée, niée elle aussi. Réduite à un poids mort sur une croix effacée : on la traite comme une entité exogène, étrangère alors qu'elle a participé à la guerre de Libération, qu'elle a habité le pays avant l'Islam, qu'elle a enfanté Saint Augustin et ses Confessions et qu'elle a été là pendant la décennie noire, la guerre grise, la paix floue. Elle a payé de son sang, des siens et essaye de faire modeste figure parce qu'elle sait que le pays est susceptible, malade de ses racines, violent et emporté. On essaye de la lier au Vatican pour mieux la cerner dans le statut de « l'Etrangère » là où elle affirme son algérianité mais avec résignation au silence. L'Algérie saharienne, elle aussi réduite au silence et à la dune, soupçonnée de sédition, traitée comme une vache renversée, pis en l'air. Visitée dans l'exotisme et tenue à distance par un barrage vert dans la tête noire. 

lundi 26 janvier 2015

Why Trade Imbalances matter

By Martin Wolf in the Financial Times

http://video.ft.com/4000123703001/Martin-Wolf-on-why-trade-imbalances-matter/editorschoice?ftcamp=engage/email/content/premium/editorschoice/crm&utm_source=premium&utm_medium=email&utm_term=content&utm_campaign=editorschoice&


La théorie du complot: un banc public pour faire asseoir les peuples

By Kamel Daoud

Un autre ciel, un autre jour. Le fleuve le plus long du monde est Internet. Il coule hors du temps, d'un méridien à l'autre, gambadant sur les créneaux et les insomnies. De quoi y parle-t-on chez nous dans nos têtes ? du complot. Cette vaste théorie qui permet de ne rien faire, de juger le monde sans se juger, de parler pour ne rien dire et dire pour ne rien faire et accuser sans s'accuser et s'expliquer sans agir. La théorie du complot est la théorie favorite du monde dit « arabe », partout, depuis quelques temps. Tout ce qui se passe et se passera, selon les « complotophiles », est l'œuvre du sombre juif, du sionisme mondial, de l'Occident, des ennemis de l'islam ou du Club universel occulte, des forces noirs, des enfants de De Gaulle, de la CIA. Rien n'est notre faute à nous qui tuons nos terres par nos mains et nos crachats. Nous sommes tous manipulés et notre intelligence se limite à le signaler tout le temps au lieu d'en changer l'état. Car le théoricien de la « manipulation » ne fait rien contre la « manipulation » sauf répéter que c'est une manipulation. C'est une règle.

lundi 19 janvier 2015

Refonder la pensée théologique islamique

 By  Ghaleb Bencheikh (11 janvier 2015)

Notre nation a connu une terrible épreuve. L’ignominie et le terrorisme abject ont frappé au coeur de Paris. Un véritable carnage. Et nous ne pouvons pas nous contenter seulement de dénoncer ces actes qui nous révulsent et de condamner leurs auteurs, sans réserve, ni nous résoudre dans une résignation morose à subir la prochaine attaque... D’ailleurs, qui dit dénoncer entraîne aussitôt qu’il faut annoncer : clamer haut et fort qu’aucune raison, si légitime soit-elle, ne saurait justifier le massacre des innocents et aucune cause, si noble soit-elle, ne prépose la terreur aveugle. Nous scandons jusqu’au ressassement ce que nous avons toujours proclamé : on ne peut pas et on ne doit pas se prévaloir d’un idéal religieux pour semer la haine.

lundi 29 décembre 2014

Mes Voeux pour 2015 .......

Chères Amies, Chers Amis, Chers Partenaires, Chères Collaboratrices, Chers
Collaborateurs, Chères Consœurs, Chers Confrères, Chers Toutes et Tous

Oui je suis en retard ! Mea culpa. Comment imaginer vous présenter mes vœux de 2015 sans avoir attendu les résultats de cet événement majeur, du nord de l’Afrique, que sont les premières élections présidentielles démocratiques de l’histoire de la Tunisie. J’en suis très fier. Les Tunisiens l’ont fait alors que certains avaient déjà rangé la « révolution du jasmin » dans la rubrique « hiver arabe ».

Bravo et félicitations ! Mais ne perdons pas de vue que le plus dur reste à venir pour cette jeune démocratie tant les défis économiques sont importants en cela l’année 2015 sera déterminante.

Mon ami, le caricaturiste Algérien HIC avait anticipé quelque peu le résultat de cette élection depuis quelques mois, en y ajoutant sa touche personnelle pour nous rappeler qu’en Algérie, nous vivons un processus complexe  pour lequel Je n’ai pas trouvé meilleurs expression d’appréhension que celle d’un ancien chef du gouvernement, que je me permets de paraphraser tant la justesse de ses mots m’a frappée : «  …Alors que les défis s’amoncellent à sa porte, l’Algérie, comme sourde aux mutations géopolitiques, socioéconomiques et éco-culturelles de son environnement, reste agrippée à ses querelles domestiques stériles et perd chaque jour un peu plus des moyens de peser sur son destin, laissant aux forces extérieures toute latitude de façonner l’avenir de notre pays… à nos dépens… ». Tout est dit !
Sur fond de crise pétrolière et d’incertitudes tant politiques qu’économiques, J’ose malgré tout espérer que  l’année 2015 sera l’année du sursaut de l’Algérie, porté par une jeunesse au potentiel insoupçonné mais aussi par une élite avertie et engagée.




Mes vœux seraient incomplets sans exprimer mon soutien indéfectible et ma solidarité à l’écrivain Kamel Daoud, stupidement menacé par l’obscurantisme qui sévit dans nos régions.

Bonheur, Santé et Prospérité à tous. Pour une autre Algérie, pour un autre Maghreb et pour une autre Méditerranée.


NB : comme tous les ans, je n’oublie évidemment pas de vous écrire  en vert, vous rappelant vos obligations environnementales.

lundi 27 octobre 2014

Quand Abdennour Bidar écrit au monde musulman..


 Lettre ouverte au monde musulman


"Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin - de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd'hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d'isthme entre les deux mers de l'Orient et de l'Occident !

"Et qu'est-ce que je vois ? Qu'est-ce que je vois mieux que d'autres, sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois, toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe !
"Car je te vois en train d'enfanter un monstre qui prétend se nommer Etat islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : Daesh. Mais le pire est que je te vois te perdre - perdre ton temps et ton honneur - dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.

Le véritable coût du non Maghreb ...... Les générations zombies du Non-Maghreb

By Kamel Daoud in Le Quotidien d'Oran

Depuis hier on vote en Tunisie. Avec la même équation sous la gorge comme un couteau : les islamistes ou les autres ? Les autres étant les progressistes, les laïcs, les nostalgiques, les gens de la gauche ou de la mer….etc. Partout ailleurs dans le monde dit « arabe », les révolutions semblent avoir crashé. Du moins à échelle d'une vie d'homme. Sauf en Tunisie où les islamistes ont été sauvés par leur ruse, les laïcs par leurs peur et la Tunisie par le fait qu'elle n'a pas d'armée sur le dos. Paradoxe de nos pays perdus : la démocratie n'est légèrement possible que là où il n'y a pas d'armée pour la maquer. La Tunisie est un cas d'école, un pays leader dans le désarroi et la quête de la solution définitive que l'on cherche depuis la chute de Bagdad sur la tête de ses sujets. On la regarde comme un espoir, un miroir, un reflet ou un remake de nos années 90. 

La pied-noirdisation, mécanique de comparaison permanente


By Kamel Daoud in Le Quotidien d'Oran


C'en est devenu une tradition intellectuelle, entre masochisme et nostalgie : reprendre les vieilles photos d'Algériens des années 70 et les comparer avec le fameux aujourd'hui, figé, mangé et assiégé. Femmes en tenues libres, cuisses nues et insolentes, chevelures, ruelles propres, façades heureuses, fleurs, jardins, sensation vitrifiée de sécurité. Haïk sur moto et autres icônes anonymes. Des ruelles avec des noms, un regard, surtout le regard : brillant, amoureux de quelques chose, avec cette humidité qu'apporte le sourire dans les yeux. Ou soumis aux premières citoyennetés inaugurales, obéissant et heureux du pays neuf. Policiers propres, voitures rares. C'était l'époque où l'Algérie était vierge jeune fille, disent les gens dans les rues. Accompagnée du fameux sourire vieilli. Et avec l'autre question : comment en est-on arrivé là ? « Là » désigne aujourd'hui la ruelle morte, le policier harassé et mal habillé, maigre et représentant plus la lassitude que l'ordre, femmes voilées, cachées, harcelées. Saleté. Soleil de routine glissant dans un ciel gris. Constructions inachevées. Poussière, Présidence vide, clans, islamisation horizontale, pessimisme, lucidité malheureuse et jérémiades. « Là » est une planète entière sous forme de terrain, vague. Planète vague ? L'expression est d'un doux crépuscule. Passons.

jeudi 2 octobre 2014

Les principaux enjeux pour l'avenir de notre agriculture (Tunisie)

By Karim Daoud in Al HUFFINGTON POST MAGHREB
Les principaux enjeux pour l'avenir de notre agriculture sont à mon avis, avant tout, ceux liés aux ressources naturelles (eau et sol) qui doivent plus que jamais être considérés comme des facteurs limitants.
Le secteur agricole utilise 76,5% des ressources en eau du pays, et près de 95% des eaux de surface seront bientôt captées (barrages, lacs collinaires) et les quantités disponibles par habitant et par an vont subir une sérieuse restriction en une vingtaine d'années (changement climatique, augmentation de la demande...).